Après une longue danse des navigateurs, j’ai trouvé Zen Browser, un choix qui respecte mes critères: respect de la vie privée, bonne bibliothèque d’extensions et modernité et rapidité.
Jusqu’à l’année dernière, ma plateforme principale était Mac OS (ne jugez pas), un système que j’ai utilisé pendant presque 20 ans. Durant cette période, j’ai alterné entre pas mal de navigateurs. Chaque mise à jour de l’OS promettait une meilleure intégration de Safari avec des performances améliorées, alors je repassais sur le navigateur d’Apple. Souvent, cela ne durait que quelques semaines et je revenais dans le bal des indécis: Brave, Firefox, Safari, en passant par des logiciels moins mainstream comme Vivaldi ou Opéra.
Tout passe par le browser
Le choix d’un navigateur internet est vital. La plus grande partie de mon activité passe par cette fenêtre qui permet d’accéder au web. Pour les loisirs, les news, les outils en ligne. Pour communiquer, lire, se documenter pour mes livres. Pour le boulot alimentaire et pour tout ce qui est personnel.
Par le navigateur transitent aussi des données hautement personnelles: les liens avec la banque, l’assurance santé, les impôts, et, depuis la Loi de numérisation de l’État (je vis en Suisse), les salaires et les demandes de documents officiels.
Quand on prend en compte tout cela, ce qui passe par mon navigateur est vraiment très personnel ; alors je veux m’assurer que celui que j’utilise soit avant tout respectueux de ma vie privée, et sécurisé, mais aussi fonctionnel, simple et moderne, rapide.
Mieux que ça, mon navigateur doit être un allié contre l’*emmerdification 1* du web, en me débarrassant des pubs intrusives, des pixels et cookies de suivi, des bandeaux envahissants. Chrome (et tous les navigateurs basés sur son moteur: Edge, Brave, Opera, Vivaldi…) censure maintenant les extensions qui permettent de se débarrasser de cette pollution.
J’ai donc mis au rebut ces options, alternant entre Safari et Firefox. Lors de mon passage sur un système libre dans le courant de 2023 (Linux est maintenant mon daily driver), ne me restait que Firefox, que je me suis mis à utiliser extensivement.
Le business de la surveillance
La tentation est grande de récupérer un maximum de données sur l’utilisateur d’un navigateur. Puisque tout transite par lui, il est trivial pour le créateur du logiciel d’insérer quelques portions de code informatique permettant de les collecter. Les données que vous générez à chaque clic, chaque page consultée, chaque bit d’information envoyé ou reçu permet de dresser un profil de vous. Ce modèle est tellement précis que certaines entreprises se targuent de pouvoir prédire avant vous votre grossesse, de deviner avant que vous n’ayez voté dans quel camp ira votre bulletin.
Ces données valent de l’or, et tout le monde[²] se les arrache.
Depuis juillet 2025 et la sortie de Manifest v3, les extensions qui permettaient de préserver la vie privée (bloqueurs de publicité et antitrackers) voient leurs capacités réduites ou anéanties.
Vous n’êtes pas protégé par le mode “navigation privée”
Et si vous pensiez que le mode navigation privée pouvait vous protéger, Google a été condamné en 2020, car il suivait l’activité des utilisateurs, même dans ce mode incognito.
Ce mode « privé » n’efface votre historique que localement. Google, lui, garde tout.
Firefox n’est plus une bonne alternative
Et si comme moi à l’époque, vous pensiez être à l’abri en utilisant un navigateur comme Safari sur macOS, Google contournait ses paramètres de confidentialité quand même.
Le navigateur choisit dans votre dos comment sont utilisées vos données: quels sites vous visitez, quels liens vous cliquez, etc.
Alors, j’ai choisi d’en utiliser un dont le code source est ouvert, comme Firefox.
Malheureusement Mozilla, qui crée Firefox, prend un virage dangereux en forçant des outils « IA » dans son navigateur, et a modifié ses conditions d’utilisation, lui permettant de s’octroyer des droits sur « toutes les données saisies ou téléchargées ».
Zen Browser : un navigateur respectueux de la vie privée
Le code de Mozilla Firefox est libre, ce qui veut dire qu’on peut le réutiliser en l’améliorant. En enlevant les « options » non désirées comme l’IA ou les traqueurs.
Certains projets se basent sur le moteur de Firefox (Gecko) pour développer des navigateurs respectueux des utilisateurs. C’est le cas de Floorp, LibreWolf, ou Zen Browser.
J’ai choisi Zen pour sa modernité et le dynamisme de développement dont fait preuve l’équipe. Et puis les responsables du projet ont désactivé les fonctionnalités IA par défaut et débattent de les retirer complètement du code.
Zen est un navigateur rapide et moderne, à l’interface propre et configurable. Il est basé sur Gecko, le code est ouvert. J’ai pu l’aménager selon mes goûts et il accepte toutes les extensions disponibles pour Firefox ; certaines sont devenues indispensables pour protéger ma vie privée. Des bloqueurs de publicité (EFF Privacy Badger, uBlock Origin), et un outil qui me permet de cloisonner ma navigation (Firefox Multiaccount Containers).
Le cloisonnement est très important dans mon utilisation: tout ce qui doit être sécurisé comme mes accès au portail de ma banque ou de mon assurance se passe dans un « conteneur » indépendant des autres ; les données ne peuvent se croiser entre ces conteneurs. J’en ai donc un pour la banque, un pour le shopping, un « personnel ». Et l’extension permet d’automatiser le processus, ce qui fait que si je clique sur un lien Amazon dans mon profil personnel, il s’ouvrira dans le conteneur adéquat (shopping), empêchant Amazon de collecter les données amassées dans mon profil personnel.
En résumé, je ne veux pas me laisser imposer le choix de mon navigateur par le vendeur de mon système d’exploitation. Edge chez Microsoft, Safari chez macOS sont des navigateurs à problèmes, et même s’ils sont (parfois) plus performants, je préfère concéder quelques millisecondes pour garder le contrôle de mes données.
[²]: Quand je dis tout le monde, je parle de ceux qui font leur beurre en dressant des profils ultracomplets des utilisateurs et en font le commerce.
L’emmerdification (enshitification en anglais) est un terme inventé par Cory Doctorow ↩︎