Cette année a été productive du point de vue de l’écriture. Entre les épisodes de podcast, mon dernier projet de roman et les activités de mon autre métier (ou souvent les projets commencent eux aussi par une phase d’écriture), j’ai écrit plus de deux cent vingt mille mots.

Une grosse diminution de ma présence sur les réseaux sociaux m’a aidé, mais je pense que c’est surtout dû à mes outils.

J’écris de manière professionnelle depuis douze années maintenant (comprendre : avec un engagement professionnel, un concept qui mérite un article à lui tout seul — tiens, je vais noter cela), et j’ai eu le temps de faire le tour de ce qui fonctionnait et de ce qui ne marchait pas. Pourtant, j’adore tester de nouveaux trucs, mais cela fait longtemps que je n’ai rien trouvé qui modifie vraiment mes routines d’écriture. Mon processus est plutôt solide, maintenant. J’ai cessé de chercher la suite d’outils idéale parce que je passais plus de temps à tester et configurer, qu’à travailler sur mes projets.

Alors, quels sont ces outils ?

1. Mes carnets

Pour un amateur de technologie et de science, geek et hacker, cela va peut-être vous surprendre. L’outil le plus précieux dans ma trousse est un ensemble de carnets papier tout ce qu’il y a de plus banal.

J’utilise un carnet au format A6 qui me suit partout, dont le rôle est celui « d’attrape-tout ». Idées, concepts, recettes, références, tâches à faire. Le but est de vider mon cerveau et de retenir l’idée qui me vient dans le train ou dans la file d’attente. Mon second carnet est un peu plus grand (au format A5), et ce dernier me sert à réfléchir (donc en… écrivant). Il est bourré de longs paragraphes dans lesquels je décortique idées d’intrigue et caractères de personnages, de mindmaps me permettant d’explorer les sujets, de notes de lectures et de préparation d’épisodes pour Duo de plumes.

OK. Avec mes carnets, je note mes idées, j’en développe certaines, je commence des cartes heuristiques. Et l’écriture ?

2. Obsidian

Il n’y a pas si longtemps, je travaillais encore avec Scrivener (60 $). Et franchement, c’est un logiciel fantastique, que je continue à recommander pour tous les projets d’écriture un tant soit peu longs.

Si vous ne connaissez pas Scrivener, c’est un logiciel créé par un écrivain (Keith Blount) parce qu’il n’arrivait pas à trouver les fonctions dont il avait besoin pour écrire ses fictions dans les autres traitements de texte.

Au début, le logiciel peut faire peur avec son côté couteau suisse ; l’interface peut être chargée et l’on ne sait pas vraiment par où commencer. Mais assez vite, on se rend compte que cet outil puissant est très configurable. Il est facile d’en faire un espace simple et cosy où l’on va se consacrer pleinement à son texte.

Ensuite, il vient avec des fonctions secondaires vraiment utiles : le déplacement de scènes entières dans la structure du récit, la possibilité de scinder une scène en deux, la visualisation de l’ensemble des scènes ou chapitres sous forme graphique, les attributs personnalisés pour chaque scène… C’est vraiment un outil complet.

Malheureusement, Scrivener n’existe que sur macOS ou Windows (et encore, je trouve la version Windows franchement laide), donc depuis trois ans maintenant, je me suis tourné vers un autre outil : Obsidian (gratuit), disponible sur toutes les plateformes. C’est à la base un logiciel de prise de notes que j’ai détourné pour retrouver les fonctionnalités de Scrivener.

Il est possible de l’installer sur toutes les plateformes et surtout il travaille avec des fichiers textes de base et un format pratique qui s’appelle le Markdown. Cela garantit la pérennité de ce que j’écris. Je veux pouvoir ouvrir ces fichiers dans vingt ou trente ans. Si j’utilise des formats propriétaires comme .docx, le risque que cela soit le cas est trop grand.

Il y a aussi une dimension philosophique à tout garder en format texte, qui rejoint celle du monde Unix/GNU/Linux où tout est un fichier texte.

Obsidian mérite un article à lui tout seul, aussi je ne vais pas plus m’attarder (et vous donner une raison de vous abonner, hé hé !)

Un premier passage dans Obsidian me permet de développer les choses et d’avoir un plan sérieux pour la suite… Et la suite se passe sur une machine à écrire.

3. Freewrite

Une machine à écrire avec un vrai clavier (qui fait « clic-clic-clic », un son que j’adore) et un écran LCD qui limite fortement la fatigue visuelle.

On ne peut qu’écrire sur cette machine : pas d’internet, pas de distraction, et c’est justement le but. Ces contraintes favorisent la créativité. Quand je travaille sur ce clavier, le temps disparaît et je m’engouffre dans mon histoire ; ce moment de flow est l’un des grands plaisirs de l’écriture pour moi. La freewrite n’est pas donnée, mais le confort d’écriture et le temps gagné (à ne pas sauter d’une activité à l’autre) le justifient pour moi. Il existe d’autres solutions moins chères, mais qui n’ont pas fonctionné pour moi : utiliser un vieil ordinateur consacré uniquement à l’écriture (je trouve toujours un moyen et une bonne raison d’aller procrastiner sur internet), utiliser un logiciel de blocage d’internet pour un temps donné comme Freedom1, ou encore travailler directement dans des carnets.

L’avantage de la freewrite, c’est que je transfère mes textes directement dans un dossier (elle se comporte comme une clé USB) sur mon ordinateur - dans Obsidian - pour la suite du travail.

Cette machine me permet de « cracher » mon premier jet d’un trait. J’ai besoin d’avancer vite, de me raconter l’histoire à moi-même.

Ensuite, retour dans Obsidian pour les réécritures, puis commencent les révisions.

4. Boox tablette e-ink

J’ai besoin de changer la forme du document pour changer de casquette. Pour passer d’écrivain à correcteur et éditeur. J’avais l’habitude d’imprimer mes romans par petits bouts pour ce travail de correction. Mais transporter ces kilos de feuilles n’est pas pratique, et retranscrire ces corrections dans l’ordinateur non plus.

C’est là où une tablette est pratique : je peux annoter le PDF de mon projet et faire toutes les corrections que je souhaite, et retrouver ensuite ce travail sur l’ordinateur, en parallèle de mon texte dans Obsidian. C’est magique et très pratique.

Le choix d’une tablette e-ink « limitée » me permet d’alléger la fatigue visuelle ET de réduire fortement les distractions. Vous aurez compris la tendance, ici ; avec mon esprit vagabond, mes outils doivent m’aider à me concentrer.

D’autres outils entrent dans le processus. Leur utilisation peut varier en fonction des besoins.

5. Voice memo app

N’importe quelle application sur smartphone et qui permet d’enregistrer un mémo vocal fera l’affaire. Mon téléphone étant sous Graphene OS, j’utilise Enregistreur vocal, application open source par Fossify.

Pratique quand je ne peux pas utiliser mon carnet, ou encore lorsque les pensées vont tellement vite que je n’ai pas le temps de les noter. De retour sur mon ordi, j’utilise Vibe (une application FOSS de retranscription) qui les convertit en texte dont je peux alors disposer comme bon me semble (en général, ces notes terminent dans Obsidian).

6. Un outil de carte mentale

Les mindmaps, cartes heuristiques, cartes mentales (appelez-les comme bon vous semble) sont mon principal outil de réflexion quand je pense à la structure des projets que je construis. Franchement, il existe beaucoup d’applications de mindmap. Celles qui ont retenu mon attention sont Mindnode et XMind. J’utilise ce dernier depuis que ma machine principale est sous GNU/Linux ; même si c’est un outil propriétaire, je n’ai pas trouvé d’alternative FOSS2 élégante. Or, pour moi, la beauté et l’élégance de mes outils sont très importantes.

Souvent, ces cartes commencent dans l’un de mes carnets, mais je finis toujours par les importer/copier dans Xmind à cause de la fonction d’export en texte qui est vraiment intéressante. Je passe de la carte mentale à une liste à points en mode texte, sur laquelle je peux ensuite développer mon texte.

La leçon que j’en tire est celle-ci. Maintenant que j’ai une suite d’outils complémentaires qui me plaisent, sont multiplateformes et sont calibrés pour aider mon cerveau (qui a des tendances à papillonner), j’ai arrêté de chercher à améliorer mon processus par le biais des outils. Je ne dis pas que je ne changerai pas un jour ou un autre, mais j’ai placé la barre (virtuelle) plus haut pour qu’un nouvel outil vienne remplacer l’un de ceux de ma liste. Je crois que c’est ce qui me permet de me concentrer sur mes textes et sur l’écriture.

Mais vous le savez, j’adore quand même découvrir comment les autres s’organisent (oui, nous sommes tous des êtres complexes). Quels sont les outils qui vous permettent d’écrire ?


  1. Là aussi, je trouvais des raisons de retourner sur internet, à base de « Et si… » ; je me retrouvais sur mon smartphone juste pour vérifier et découvrais, vingt minutes plus tard (au mieux) que j’étais en train de scroller↩︎

  2. FOSS : Free and Open Source Software ↩︎